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La Commission d'évaluation de l'enseignement collégial se lance dans la métaévaluation

Aujourd’hui, 7 juin, une rencontre a eu lieu entre nos représentants de la FNEEQ et la Commission d’évaluation de l’enseignement collégial (CEEC), rencontre lors de laquelle nos représentants ont fait connaître les inquiétudes et les désaccords de la FNEEQ par rapport aux nouvelles orientations que la CEEC entend prendre à compter de cette année.

En effet, en mars dernier, dans un document intitulé Évaluation de l’efficacité des systèmes d’assurance qualité des collèges québécois, la CEEC faisait connaître ses nouvelles orientations. Depuis sa création, en 1993, la CEEC a accompli plusieurs opérations d’évaluation, s’intéressant successivement aux programmes d’études, aux politiques institutionnelles d’évaluation des apprentissages et aux politiques institutionnelles d’évaluation des programmes. Depuis 2002, elle a aussi procédé à l’évaluation des plans stratégiques et des plans de réussite des collèges. À compter de 2013, elle délaissera ces objets d’évaluation pour passer en mode « audit de qualité » et procéder à l’évaluation des mécanismes internes d’assurance qualité dont se sont dotés ou devront se doter les collèges pour s’assurer de la qualité de leurs programmes d’études, de l’évaluation des apprentissages, de la planification stratégique et de la planification liée à la réussite. En somme, la CEEC se lance dans la métaévaluation : les collèges devront maintenant faire à l’interne ce que la CEEC faisait auparavant, et la CEEC évaluera maintenant la qualité des mécanismes mis en place par les collèges pour faire ce qu’elle faisait auparavant !

Cette nouvelle approche constitue la réponse de la CEEC aux nombreuses critiques formulées à son endroit dans le cadre de la consultation qu’elle a menée en 2011 sur l’ensemble de son œuvre. Ces critiques, provenant autant des administrations des collèges que des autres acteurs du réseau, dont les professeurs, ont conduit à la mise sur pied d’un comité de travail composé de représentants de la CEEC et des administrations des collèges – mais d’aucun représentant des professeurs –, lequel comité a accouché des nouvelles orientations de la CEEC. À l’évidence, plusieurs des critiques qui avaient été émises par la FNEEQ en 2011 (bureaucratisation de l’enseignement, gaspillage de temps et d’énergie, critères d’évaluation douteux, pression indue sur les taux de réussite, ingérence dans les relations de travail, etc.) n’ont pas vraiment été prises en compte : si elles l’avaient été, la conséquence logique aurait été que la CEEC cesse ses activités ! En fait, les nouvelles orientations répondent d’abord aux attentes des administrations des collèges, qui souhaitaient davantage d’autonomie, mais ne rompent aucunement avec l’idéologie qui sous-tend l’implantation des systèmes d’assurance qualité en enseignement supérieur.

Selon la FNEEQ, il est à craindre qu’en donnant plus d’autonomie aux collèges, cette « réforme » de la CEEC constitue un pas de plus vers l’habilitation des collèges à décerner leurs propres diplômes. Il faut savoir que l’article 17 de la Loi sur la Commission d’évaluation de l’enseignement collégial donne à la CEEC le pouvoir de recommander au ministre d’habiliter un collège à décerner ses propres diplômes. Cette disposition de la loi n’a jamais été appliquée, notamment parce qu’en 2004, la Coalition cégeps, dont faisait partie la FNEEQ, y a opposé une forte résistance via la campagne Diplômes locaux, diplômes inégaux. Jusqu’ici, la CEEC évaluait chaque collège « par morceau » : une année donnée, la PIEA, une autre année, le plan stratégique, etc. À partir de maintenant, la CEEC évaluera chaque collège de manière globale en portant un jugement sur ses mécanismes internes d’assurance qualité. Ce faisant, la CEEC n’est plus qu’à un pas de devenir une agence de certification et d’habilitation, et on imagine déjà la création d’un « palmarès » des cégeps qui exacerberait la compétition entre les collèges (« mon diplôme vaut plus que le tien ! ») au détriment, au premier chef, des cégeps des régions, sous-financés en raison des baisses démographiques. À terme, c’est l’intégrité et la force du réseau collégial qui, encore une fois, sont menacées.

Par ailleurs, en encourageant le renforcement des mécanismes d’assurance qualité dans les collèges, la nouvelle orientation de la CEEC est une mauvaise nouvelle pour l’autonomie professionnelle – collective et individuelle – des professeurs. Il est à craindre que les mécanismes de reddition de comptes se fassent encore plus nombreux, plus contraignants et plus chronophages que jamais – sans ressources supplémentaires, évidemment !

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