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L'enjeu de l'année : la bataille des frais de scolarité

Les grands médias le répètent à satiété depuis quelques jours déjà : l’automne sera chaud ! Le mouvement étudiant québécois s’apprête à livrer l’une des plus grosses batailles de son histoire, bataille dont l’objectif immédiat est clair : faire obstacle au gouvernement Charest dans sa volonté de hausser les frais de scolarité universitaires.

Rappelons d’abord que, si la volonté gouvernementale se réalise, les frais de scolarité augmenteront de 75 % (1625 $) sur cinq ans à compter de 2012-2013. Ces augmentations vont s’ajouter à celles de 50 $ par session imposées depuis 2007-2008, de sorte qu’en dix ans (2007-2017), les frais de scolarité auront augmenté de 127 %, passant de 1668 $ à 3793 $ par année. Comme vous le savez, les frais de scolarité n’incluent ni les frais afférents (qui s’élèvent en moyenne à près de 700 $ par année) ni les frais liés à l’achat de matériel scolaire, lesquels s’ajoutent donc à la facture étudiante.

Au-delà des chiffres, cependant, il faut comprendre que ces augmentations procèdent d’une volonté à peine voilée d’imposer une conception de l’éducation et de la mission des universités qui s’inscrit en faux par rapport à la conception traditionnelle. Le nouveau modèle de financement des universités, dont la hausse des frais de scolarité n’est qu’un aspect, se fonde sur l’idée de l’université comme « centre d’entrepreneuriat intellectuel » : l’université devient un lieu où les étudiants viennent investir pour développer un capital humain dont ils percevront éventuellement les fruits, et où les chercheurs, dans tous les domaines où c’est possible, ont pour mandat de développer des brevets commercialisables. Ainsi, l’université s’éloigne de sa mission traditionnelle consistant à transmettre le patrimoine culturel, intellectuel et scientifique de l’humanité et à former le jugement critique. Pour approfondir votre réflexion sur ce sujet et sur les autres enjeux liés à la question des frais de scolarité, l’étude publiée sur cette question par l’IRIS en mai dernier (Faut-il vraiment augmenter les frais de scolarité ? Huit arguments trompeurs sur la hausse) s’avère un outil précieux.

La contestation étudiante est déjà en marche. Tout l’été, des étudiants se sont relayés pour camper devant les bureaux montréalais de la ministre de l’éducation afin de signifier leur détermination à lutter contre l’application des hausses annoncées. Profitant de la rentrée scolaire dans les cégeps pour signifier leur opposition à la privatisation du système d’éducation, d’autres étudiants ont mis sur pied un site Internet annonçant la création d’une agence immobilière fictive, Québec Immobilier, chargée de la mise en vente de quatre cégeps et de deux universités, au nombre desquels figurait d’ailleurs notre collège… Il faut bien sûr s’attendre à d’autres actions dans les prochaines semaines, certaines symboliques, d’autres plus dérangeantes.

Depuis le printemps dernier, les étudiants s’affairent à élaborer leur stratégie pour l’année à venir. Les trois regroupement étudiants du Québec, l’ASSÉ, la FECQ et la FEUQ, ont tenu un sommet conjoint en mai dernier, sommet au cours duquel ils ont conclu une entente en trois points (non-dénonciation, solidarité et non-recommandation) destinée à assurer au mouvement étudiant une cohésion plus grande que lors de la grève générale du printemps 2005 (qui visait à contester la conversion de 103 millions $ de bourses en prêts dans le régime d’aide financière aux études), alors que la FECQ et la FEUQ avaient accepté de négocier avec le gouvernement sans l’ASSÉ. Par ailleurs, une manifestation nationale est déjà prévue pour le 10 novembre. Quant à la menace d’une grève générale illimitée, elle ne sera mise à exécution qu’au printemps, si nécessaire.

Différents acteurs de la société civile, notamment syndicaux, ont déjà commencé à donner leur appui à la contestation étudiante. Ces appuis n’ont rien d’étonnant dans la mesure où la bataille contre la hausse des frais de scolarité pourrait bien devenir emblématique de la lutte en cours contre les mesures régressives imposées par le gouvernement Charest dans ses deux derniers budgets. Le 17 août, le président de la CSN, Louis Roy, accompagné de Denise Boucher, troisième vice-présidente, visitaient le campement étudiant dressé devant les bureaux montréalais de la ministre de l’éducation pour signifier l’appui de la centrale au mouvement étudiant (lire le communiqué). Cette prise de position de la CSN découle d’une résolution votée au congrès de mai dernier par laquelle les délégués ont réitéré leur appui au principe de la gratuité scolaire (voir notre article à ce sujet). Le 18 août, Jean Trudelle et Micheline Thibodeau, respectivement président et deuxième vice-présidente de la FNEEQ, ont aussi rendu visite aux étudiants pour leur signifier l’appui de notre fédération syndicale (lire le communiqué). La FNEEQ se positionne elle aussi en faveur de la gratuité scolaire.

Le mouvement de contestation qui se dessine au Québec en lien avec la question des frais de scolarité n’est pas sans rappeler les grandes manifestations étudiantes survenues l’automne dernier en Angleterre, manifestations consécutives à l’annonce, par le gouvernement Cameron, du triplement des frais de scolarité universitaires. Il est par ailleurs étonnant de constater qu’au moment même où les Chiliens revendiquent par millions une éducation gratuite et de qualité, remettant en question leur système d’éducation néolibéral hérité des années Pinochet, le Québec s’apprête à épouser ce modèle comme s’il s’agissait d’un modèle d’avenir. Reste à voir si, ici, comme au Chili, les enseignants et les travailleurs de tous horizons sauront se joindre au mouvement étudiant pour faire valoir l’idée de l’éducation comme bien public.

Vous serez bien sûr appelés à prendre position sur la question dans une assemblée générale un peu plus tard cet automne.

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