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Que veut-on faire de la formation collégiale ?

Le 7 août dernier, en entrevue avec La Presse, le nouveau ministre de l’Enseignement supérieur, Yves Bolduc, annonçait son intention de mettre sur pied des comités de travail chargés de lui faire des recommandations quant à des changements à apporter à la formation collégiale. C’était juste avant que les jeunes libéraux fassent diversion, le lendemain, en ressortant la bonne vieille nouvelle idée d’abolir les cégeps… et que le premier ministre précise que ce n’était pas du tout dans les cartons de son gouvernement.

Mais pourquoi donc revoir la formation collégiale ? Parce qu’elle n’a pas été revue depuis 1993, dit M. Bolduc, et parce que la Fédération des cégeps en fait la demande. Mais encore ? Il semble que l’objectif visé, à l’image de ce que souhaite la Fédération des cégeps, soit d’assouplir le Règlement sur le régime des études collégiales (RREC) de façon à ce que la formation collégiale puisse « mieux répondre aux besoins des étudiants et du marché du travail » (La Presse, 7 août 2014).

Par exemple, dans un article du Soleil publié le 29 août, on lit que la Fédération des cégeps aimerait que le RREC permette la mise en place de programmes d’études techniques d’une durée supérieure à trois ans et souhaiterait que, dans certains domaines, la sanction des études puisse se faire par le biais d’une forme de « certification intermédiaire ». Par ailleurs, elle demande que la formation générale soit revue de façon à réduire le nombre de cours obligatoires au « minimum possible » et à augmenter la marge de choix des étudiants. Et, enfin, la Fédération des cégeps aimerait que le contenu des programmes d’études techniques puisse varier selon les régions pour s’adapter au marché du travail local. Ces quatre propositions appellent quelques commentaires :

Ouvrir la porte à des DEC techniques d’une durée supérieure à trois ans : une telle mesure donnerait de la marge de manœuvre à certains programmes du domaine de la santé, qui, à l’instar de Soins infirmiers, sont très à l’étroit dans le cadre actuel. La possibilité de mettre sur pied un DEC de quatre ans en Soins infirmiers permettrait de bonifier la formation et de couper court à la volonté de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec de voir le BAC devenir obligatoire pour accéder à la profession.

Instaurer une forme de certification intermédiaire : cette certification pourrait prendre la forme d’une attestation d’études collégiales qui serait remise pour chaque année complétée dans un programme d’études techniques. Ces attestations seraient-elles délivrées par les collèges ? L’étudiant pourrait-il obtenir ces attestations sans avoir réussi ses cours de formation générale ? Une chose est sûre : cette mesure ne présente aucun intérêt pour les collèges si la réponse à ces deux questions est négative.

Revoir la formation générale : pour mieux comprendre la proposition de la Fédération des cégeps à l’effet de réduire le nombre de cours obligatoires pour augmenter le nombre de cours au choix dans la formation générale, le mieux à faire est d’aller lire le chapitre 5 de l’avis du Conseil supérieur de l’éducation (CSE) publié le printemps dernier. Les rédacteurs de l’avis étant, pour plusieurs, des gestionnaires du réseau collégial, il y a fort à parier que son contenu colle d’assez près à la position de la Fédération des cégeps. Dans cet avis, le CSE plaide pour une évolution de la formation générale qui ne passerait pas tant par l’ajout ou le retrait de disciplines de la formation générale que par la diversification de l’offre de cours dans chacune des disciplines déjà inscrites à la formation générale, sur le modèle de ce qui se fait déjà en éducation physique. À l’appui de sa position, le CSE invoque la nécessité d’élargir la zone de choix de l’étudiant et la zone d’autonomie des collèges.

Adapter la formation au marché du travail local : l’idée serait, par exemple, que le contenu du programme de Technologie de maintenance industrielle du Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue soit adapté aux types d’emplois qu’on retrouve dans cette région, et donc partiellement différent du contenu du même programme au Cégep de Lévis-Lauzon, les entreprises de la région de Chaudière-Appalaches ayant des besoins différents de celles de l’Abitibi. Cependant, en voulant favoriser à ce point l’adéquation formation-emploi, ne risque-t-on pas de restreindre la polyvalence de nos diplômés et de limiter leur capacité à s’adapter aux mutations du marché du travail ?

Voilà donc un gros chantier qui s’annonce, et ce, en pleine négo ! Sans succomber à l’attrait de la théorie du complot, on peut y voir une belle façon de détourner l’attention des employés de l’État les plus militants pendant une négo qui s’annonce pour le moins difficile…

Revue de presse :
- « La réforme Bolduc » (La Presse, 7 août 2014) ;
- « Une formation collégiale à moderniser ? » (La Presse, 8 août 2014) ;
- « Formation collégiale : jusqu’où réviser ? » (Le Devoir, 11 août 2014) ;
- « Yves Bolduc établit ses priorités » (Le Devoir, 23 août 2014) ;
- « La Fédération des cégeps propose moins de cours obligatoires » (Le Soleil, 29 août 2014) ;
-    Au bas de la page : « Yves Bolduc sur… la formation générale au cégep » (Le Soleil, 3 septembre 2014)
- Au bas de la page : « Les profs opposés à la révision de la formation générale au cégep » – (Le Soleil, 3 septembre 2014).
- « Laissez-nous enseigner ! » (Le Devoir, 5 septembre 2014).

Article précédent sur le même sujet :
- « Le Conseil supérieur de l’éducation plaide pour une évolution de la formation générale » (12 mai 2014).

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