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Négo 2015 : Mobilisation et négociation

En période de négociation, les représentants syndicaux des employés du secteur public ne peuvent réussir à imposer leurs vues que s’ils sont appuyés par des membres qui sont prêts à poser des gestes qui forceront le gouvernement à entendre leurs demandes et à y consentir. Au moment où s’amorce la négociation des conditions de travail des employés du secteur public québécois, comment aborder la problématique de la mobilisation des professeurs du réseau collégial ?

Groupes de pression et rapport de force

Pour faire entendre leur voix, les groupes de pression doivent choisir parmi différents moyens d’action. Cependant, dépendamment de la nature du groupe et des ressources dont il dispose, certains choix s’imposeront à lui. Par exemple, les organisations qui représentent les intérêts d’un groupe restreint de personnes mais qui disposent de grands moyens financiers pourront opter pour des campagnes publicitaires visant à rallier l’opinion publique. La Fédération des médecins spécialistes et sa campagne « C’est aussi ça être médecin spécialiste » en est un bon exemple. Pour leur part, les groupes de défense de droits sociaux, qui représentent des groupes plus nombreux mais qui ont moins de moyens financiers choisiront plutôt des moyens d’actions visant à sensibiliser la population et à montrer au gouvernement qu’ils sont nombreux à être mécontents. Des moyens peu coûteux, comme des visites aux députés ou des manifestations, seront souvent privilégiés par ces groupes.

Qu’en est-il des moyens dont disposent les syndicats qui représentent les employés de l’État pour faire entendre leurs revendications et convaincre le gouvernement d’y accéder ?

Ces organisations syndicales disposent d’une structure organisationnelle importante au sein de laquelle des représentants démocratiquement élus s’imposent comme interlocuteurs officiels du gouvernement. Il n’y a donc pas à forcer la porte du gouvernement pour lui parler puisque les canaux de communication existent et sont reconnus.

Toutefois, pour que la parole portée par les représentants syndicaux soit prise au sérieux par leurs vis-à-vis patronaux, encore faut-il qu’il existe un rapport de force. Ce rapport de force n’existe que si les membres du groupe sont prêts à poser des gestes susceptibles de contraindre le gouvernement à accéder à leurs demandes. Bref, ce rapport de force ne peut exister qu’à condition que les membres de l’organisation syndicale, dans notre cas, les professeurs du réseau collégial, soient mobilisés.

La mobilisation des professeurs du réseau collégial

Au cours d’une activité organisée le 13 novembre dernier par la FNEEQ, des délégués de l’ensemble du réseau collégial ont pu s’exprimer sur la question. D’entrée de jeu, les délégués ont discuté du sens du mot « mobilisation », et une définition a semblé faire consensus : mobiliser veut dire réunir des gens autour d’une idée qui mène à une action. La mobilisation implique donc que l’on ait, en tant que groupe, la capacité de passer de la parole aux actes.

Bien que, dans l’ensemble du réseau collégial, on semble avoir une compréhension commune de ce qu’est la mobilisation, il n’en demeure pas moins que le défi que représente la mobilisation est vécu fort différemment d’un cégep à l’autre. Ces différences sont dues à la disparité des réalités au sein du réseau. Ces dissemblances sont géographiques, socio-économiques, démographiques, organisationnelles, etc. Elles impliquent que la capacité de mobilisation des syndicats affiliés à la FNEEQ repose sur des leviers de mobilisation différents. Dans certains cégeps, ce qui mobilise les professeurs, ce sont les enjeux qui sont discutés à la table centrale (rémunération, droits parentaux, etc.). Dans d’autres cégeps, on se préoccupe davantage des conditions d’enseignement, notamment de la lourdeur de la tâche ou du nombre d’élèves par classe. Cet automne particulièrement, un troisième levier de mobilisation s’invite dans le contexte de la négociation des contrats de travail des travailleurs du secteur public : l’austérité.

À chaque ronde de négociation, le contexte social est une composante importante de l’évaluation que nous devons faire de notre capacité à convaincre le gouvernement d’accéder à nos demandes et à nous mobiliser s’il s’y refuse. Cette fois-ci, plus que jamais, le gouvernement dira qu’il ne peut pas satisfaire à nos demandes à cause de l’objectif qu’il s’est donné d’assainir les finances publiques. D’ailleurs, nous dira-t-il, tout le monde doit faire sa part et des efforts sont exigés de tous les secteurs d’activité de la société québécoise. À cela, certains auront sans doute envie de répondre que les professeurs de cégep sont aussi des parents, des bénéficiaires des soins de santé, et ainsi de suite. Donc, peut-être que cette fois-ci, c’est en réaction au contexte sociopolitique plus large que les professeurs se mobiliseront, comprenant que leurs conditions de travail dans le secteur de l’éducation sont aussi considérées comme des dépenses publiques dans lesquelles il faut couper.

Qu’est-ce qui fera se lever les professeurs du Cégep Garneau ?

Qu’est-ce qui fera se lever les professeurs du Cégep Garneau dans les prochaines semaines et les prochains mois ? Qu’est-ce qui leur tient à cœur ? Leur salaire ? La qualité des conditions d’enseignement ? La préservation et l’amélioration des services publics ?

On entend parfois des employés du secteur public affirmer que les mesures entreprises par le gouvernement Couillard pour redresser les finances publiques constituent un processus irréversible. Que rien ne sert de penser à établir, par la mobilisation, un rapport de force qui contraindra le gouvernement à acquiescer à nos demandes puisque ce rapport de force ne sera jamais assez grand pour renverser la vapeur. Que si on s’entête à ne pas faire notre part, on peut s’attendre à un décret de nos conditions de travail.

Qu’en pensent les professeurs du Cégep Garneau ? Combien nombreux sont ceux qui pensent le contraire ? Ces derniers sont-ils prêts à se joindre à un comité de mobilisation et à prendre part à l’organisation des actions qui devront quand même être posées dans les prochaines semaines ?

Tôt ou tard, il faudra bien discuter de la capacité et de la volonté des professeurs du Cégep Garneau de se fédérer autour d’une idée et de poser des actions qui visent à défendre cette idée.

Par Julie Martineau, agente syndicale.

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