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Une nouvelle menace : la dévalorisation de la formation technique

Depuis leur création en 1967, les cégeps ont traversé plusieurs périodes de remise en question. Quant ce n’est pas l’existence même des cégeps qui est remise en question, c’est telle ou telle composante de la formation collégiale. Jusqu’ici, on peut certainement affirmer que c’est la formation générale qui a eu à repousser le plus grand nombre d’attaques, en particulier certaines disciplines comme la philosophie et l’éducation physique. La dernière attaque frontale de ce genre remonte à 2003-2004, au moment où Pierre Reid était ministre de l’Éducation. Heureusement, on n’a pas donné suite au souhait alors exprimé par la Fédération des commissions scolaires de voir les cégeps disparaître.

Ces années-ci, on ne peut pas dire que le réseau collégial est confronté à des attaques directes et musclées comme celles qu’il a pu connaître par le passé. Sur la place publique, personne ne porte actuellement le projet de transformer le réseau collégial en profondeur ou de l’abolir – pas même François Legault ! Par contre, en s’appuyant sur plusieurs dossiers qui ont été portés à l’attention des délégués du Regroupement cégep de la FNEEQ ces derniers mois, il est permis d’affirmer qu’une nouvelle menace pèse sur le réseau collégial : appelons-la, faute de mieux, « tendance à la dévalorisation de la formation technique ».

En effet, on constate que l’idée selon laquelle la formation technique offerte au collégial ne suffirait plus, dans certains domaines, à assurer la compétence des diplômés dans l’accomplissement des tâches qu’ils ont pourtant, à l’heure actuelle, la responsabilité d’effectuer tend à se frayer un chemin dans l’espace public et auprès des décideurs. Toutefois, il est étonnant de constater que ce ne sont pas les employeurs qui déplorent les supposées insuffisances de la formation technique au collégial, mais certains ordres professionnels ou d’autres organisations du même genre qui, pour certaines raisons, ont intérêt à valoriser la formation universitaire au détriment de la formation collégiale.

Actuellement, cinq programmes d’études techniques sont plus particulièrement visés par cette entreprise de dévalorisation. Bien sûr, en premier lieu, on pense au DEC en Soins infirmiers et aux pressions effectuées par l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec auprès du gouvernement du Québec « afin que le droit de pratique soit obtenu à la fin de la formation universitaire ». Ensuite, on pense aux techniques humaines (Techniques d’intervention en délinquance, Techniques de travail social et Techniques d’éducation spécialisée), dont les diplômés risquent de voir leur champ de pratique se restreindre si certaines interprétations des nouvelles dispositions de la loi 21 (Loi modifiant le Code des professions et d’autres dispositions législatives dans le domaine de la santé mentale et des relations humaines) s’imposent dans les milieux de travail. Enfin, dernier programme à inscrire, pour le moment, sous cette rubrique : Techniques de design d’intérieur. Avec l’intégration de l’Association professionnelle des designers d’intérieur du Québec au sein des Designers d’intérieur du Canada, la formation dispensée dans le cadre du DEC en Techniques de design d’intérieur risque de devenir insuffisante pour obtenir le titre de designer d’intérieur certifié.

La nouvelle menace décrite ici a ceci de particulier qu’elle vise la formation technique, alors que les divers intervenants du réseau collégial avaient surtout eu, jusqu’ici, à défendre la pertinence de l’existence des cégeps en général ou de la formation générale en particulier. Autrement dit, la formation technique avait jusqu’ici été relativement épargnée par les remises en question cycliques qui caractérisent l’histoire des cégeps. On pourrait même aller plus loin et s’aventurer à soutenir que, si les cégeps ont survécu à toutes les remises en cause qu’ils ont dû subir par le passé, c’est en bonne partie en raison de la formation technique, dont la grande qualité est reconnue à peu près unanimement par les employeurs. Que certains ordres professionnels ou associations viennent ainsi remettre en question la qualité de la formation technique devrait donc inquiéter toute personne soucieuse de la pérennité de cette institution originale que constituent les cégeps. Le prochain Regroupement cégep de la FNEEQ devrait accoucher d’un plan d’action pour contrer cette nouvelle tendance qui menace le réseau collégial québécois.

Article précédent sur le même sujet :
« Remise en question du DEC comme porte d'entrée dans la profession infirmière » (28 octobre 2011).

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