Archives

Le rapport Demers sur l'offre de formation collégiale

Le 20 octobre dernier, le ministre de l’Enseignement supérieur, Yves Bolduc, rendait public le Rapport final du chantier sur l’offre de formation collégiale, rédigé par Guy Demers, ancien directeur général du Cégep de Lévis-Lauzon. Ce rapport final était entre les mains du ministre depuis juin dernier. Un rapport d’étape avait été publié en janvier 2014, lequel contenait déjà 8 des 23 recommandations contenues dans le rapport final.

Contrairement à ce que la couverture médiatique ayant accompagné le dévoilement du rapport a pu laisser croire, le mandat du chantier sur l’offre de formation collégiale n’était pas de faire des recommandations à propos de la formation générale ou de l’épreuve uniforme de français. D’ailleurs, aucune des 23 recommandations du rapport ne porte sur ces sujets. En fait, M. Demers aborde ces deux questions « en guise d’épilogue » (p. 130), dans une brève section qui suit immédiatement la conclusion de son rapport et dans laquelle il se permet « de survoler un certain nombre de sujets pour lesquels une réflexion doit être poursuivie afin de trouver des solutions » (p. 16). Ces sujets n’ayant pas fait l’objet des consultations qui ont servi de matière première aux travaux du chantier, il est pour le moins curieux que M. Demers se soit permis d’en traiter dans son rapport.

Le mandat du chantier sur l’offre de formation collégiale, lancé à l’issue du Sommet sur l’enseignement supérieur de février 2013, était plutôt celui-ci :

[…] produire un rapport faisant des recommandations sur le déploiement de l’offre de formation collégiale au Québec, la définition des créneaux régionaux de formation et l’optimisation de l’offre de formation continue en vue de favoriser :

-     l’accès à la formation collégiale partout au Québec ;

-     une complémentarité de l’offre de formation dans les régions ;

-     la viabilité des programmes en région.

Comme le rappelle l’auteur du rapport dans son introduction, le principal élément de contexte ayant mené à l’ouverture de ce chantier est la perspective d’une baisse importante de l’effectif étudiant dans le réseau collégial (–26 500 étudiants au cours de la période 2011-2020, soit une baisse d’environ 16 % par rapport à l’effectif de la session d’automne 2011), conséquence de la baisse démographique qui affecte déjà les écoles primaires et secondaires. Ainsi, la question principale à laquelle le rapport était appelé à répondre était la suivante : quelles mesures devraient être mises en oeuvre pour permettre au réseau collégial, malgré la baisse importante de l’effectif étudiant, de continuer à offrir une formation accessible et diversifiée dans toutes les régions du Québec ? L’autre question qui traverse le rapport est celle des mesures à mettre en place pour répondre à la croissance de la demande de main-d’œuvre en provenance de la formation technique, croissance qui s’explique par les nombreux départs à la retraite.

Pour assurer la viabilité des cégeps dans toutes les régions du Québec malgré la baisse démographique, le rapport recommande notamment au ministre de mettre en œuvre un programme de mobilité étudiante interrégionale et une stratégie visant à recruter davantage d’étudiants étrangers. Le rapport recommande aussi au ministre de se doter d’une stratégie de déploiement de la formation à distance qui prioriserait les projets des collèges des régions les plus touchées par la baisse de l’effectif étudiant et les projets engageant la collaboration de plusieurs établissements.

Pour faire face au besoin croissant de main-d’œuvre en provenance de la formation technique, encore là dans un contexte marqué par la baisse démographique, le rapport recommande notamment d’assouplir l’encadrement des programmes d’études, et ce, de diverses façons : en donnant la possibilité aux collèges d’adopter des objectifs et standards de façon à ce qu’ils puissent adapter plus rapidement leurs programmes d’études aux besoins du marché de l’emploi, en permettant l’obtention du DEC technique par cumul d’AEC, en introduisant une sanction ministérielle – le certificat d’études collégiales techniques (CECT) – pour des étudiants qui auraient complété la composante de formation spécifique de leur programme d’études techniques sans en avoir complété la composante de formation générale, etc. Dans le même but – faire face au besoin croissant de diplômés en provenance de la formation technique dans un contexte de baisse démographique –, le rapport propose aussi de miser sur la reconnaissance des acquis et compétences et la formation continue et fait diverses recommandations à cet égard.

Quant aux réflexions qui figurent dans le rapport « en guise d’épilogue », elles témoignent des idées à la mode à la Fédération des cégeps. D’abord, M. Demers endosse le récent plaidoyer du Conseil supérieur de l’éducation en faveur d’une diversification de l’offre de cours de formation générale et d’une redéfinition locale de la formation générale. Ensuite, en continuité avec l’idée de diversifier l’offre de cours en formation générale, M. Demers plaide pour que les étudiants aient accès, à l’intérieur même de la formation générale, à des cours axés sur l’enseignement du code linguistique, dont la maîtrise insuffisante expliquerait le fait que, cinq ans après leur première tentative, 2,4 % des étudiants n’ont toujours pas réussi l’épreuve uniforme de français. « Notre société peut-elle se permettre un tel gaspillage de ressources humaines après avoir tant investi dans la formation de ses jeunes ? » (p. 137). Enfin, en continuité avec l’idée d’une redéfinition locale de la formation générale et en s’appuyant sur l’argumentaire de la Commission d’évaluation de l’enseignement collégial, M. Demers appelle à un accroissement des responsabilités des collèges en matière de programmes d’études, avec pour horizon l’habilitation des collèges à décerner leurs propres diplômes.

Au final, il est malheureux de constater qu’un rapport dont l’objectif était de faire des recommandations pour assurer la pérennité du réseau collégial se termine par un plaidoyer en faveur de mesures qui, si elle devaient voir le jour, accentueraient la déstructuration du réseau par la mise en compétition toujours plus grande des établissements.

Le communiqué de presse de la CSN sur le rapport Demers :
- « Rapport Demers : des recommandations qui laissent place à certaines inquiétudes » (21 octobre 2014).

Le communiqué de presse de la Fédération des cégeps sur le rapport Demers :
- « Rapport final du chantier sur l’offre de formation collégiale : la Fédération des cégeps se réjouit de voir le rapport final proposer des solutions à ses demandes historiques » (20 octobre 2014).

Articles précédents sur le même sujet :
- « Que veut-on faire de la formation collégiale ? » (17 septembre 2014) ;
- « Le Conseil supérieur de l’éducation plaide pour une évolution de la formation générale » (12 mai 2014) ;
- « Des échos du Colloque sur le développement des cégeps en région » (26 avril 2013).

Convention collective
Votre contrat de travail :
Manifeste
Le manifeste Faire de l'éducation publique la priorité nationale du Québec.
Administration du site

SPCFXG

Cette section est utilisée par les administrateurs du site seulement. Vous devez posséder un nom d'usager ainsi qu'un mot de passe pour y accéder.